Agir sur la qualité de l’air intérieur et l’émission des COV

Notre mode de vie fait que nous passons en moyenne 70 à 90 % de notre temps à l’intérieur d’un environnement clos : école, bureau, logement, transports. En vivant dans ces environnements nous y respirons et par conséquent la qualité de l’air intérieur, négligée pendant des décennies, influence notre bien-être et notre santé. Ainsi le bâtiment, un de ces lieux clos où nous passons une grande partie de notre temps peut être à l’origine de diverses nuisances pour la santé humaine. La dégradation de l’air intérieur favorise l’émergence de symptômes tels que maux de tête, fatigue, irritation des yeux, du nez, de la gorge et de la peau, vertiges ainsi que manifestations allergiques et asthme.

Plusieurs études, dont celles de l’observatoire de la Qualité de l’air intérieur ont montré que l’air que nous respirons peut être cinq à dix fois plus pollué à l’intérieur qu’à l’extérieur. Face à ce constat, la qualité de l’air intérieur devient une préoccupation légitime de santé publique. Il est aujourd’hui indispensable d’intégrer les notions de bâti de « qualité » / « sain » dans les préoccupations de performance des projets de construction et de rénovation.

Pourquoi l’air intérieur est-il si pollué ? Plusieurs paramètres contribuent à créer ce phénomène, mais parmi eux les matériaux et produits qui nous entourent sont une cause importante. Pourquoi et comment connaitre l’influence des produits sur la qualité de l’air intérieur et les prévenir ? Quelles solutions envisager ?

Les COV premiers coupables !

Qu’est-ce que les COV ? Les COV (Composé Organique Volatil) regroupent une multitude de substances organiques émises sous forme gazeuse dans l’air à température ambiante. Ils sont toujours composés de l’élément carbone et d’autres éléments tels que l’hydrogène, les halogènes, l’oxygène, le soufre. Leur définition précise est complexe et plus de 400 composés organiques sont identifiables dans l’air. Ils peuvent résulter du trafic routier et aérien, de l’industrie (procédés de production, utilisation de solvants), de produits manufacturés, de la combustion mais aussi du monde végétal (forêts, prairies). Par généralisation, à l’intérieur d’un bâtiment les COV sont associés aux émissions polluantes ayant un effet sur la santé. Ces polluants invisibles peuvent être émis par les meubles, les peintures, les colles, les feutres, certains matériaux de construction et d’aménagement ainsi que par les produits d’entretien.

Leur volatilité leur confère l’aptitude de se propager plus ou moins loin de leur lieu d’émission, entraînant ainsi des impacts directs et indirects sur l’environnement. Invisibles à l’œil nu pour la plupart, nombreux et aux sources multiples, la diversité de ces facteurs rend la pollution de l’air intérieur très difficile à appréhender.

Une première reconnaissance de leurs impacts

Les exigences administratives en France

La qualité de l’air intérieur est l’un des enjeux de l’habitat durable, énoncé en 2004 dans le premier plan santé-environnement (PNSE 1), repris en 2007 par le Grenelle de l’Environnement, puis relayé en 2009, par le second plan santé-environnement (PNSE 2).

Le plan national Santé Environnement 2 (2009-2013) prévoit quatre actions spécifiques liées à l’air intérieur :

  • Mieux connaître et limiter les sources de pollution à l’intérieur des bâtiments ;
  • Construire sainement par la limitation des sources dans le bâti et la maîtrise des installations d’aération, ventilation et climatisation ;
  • Mieux gérer la qualité de l’air intérieur dans les lieux publics ;
  • Réduire les expositions à l’amiante.

Lors des tables rondes du Grenelle Environnement, les cinq collèges ont acté deux engagements forts repris dans la loi Grenelle 2 :

  • Mettre en place un étiquetage des matériaux de construction et de décoration ;
  • Rendre progressivement obligatoire la surveillance régulière de la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public.

Un étiquetage obligatoire

Depuis le 1er janvier 2012, l’article 40 du Grenelle de l’Environnement prévoit de soumettre les produits de construction et de décoration à un étiquetage obligatoire sur leurs émissions en polluants volatils (pour les produits mis sur le marché pour la première fois). L’application est effective au 1er septembre 2013 pour les autres produits.

Cette étiquette, prévue par le décret du 23 mars 2011, indique de manière simple et lisible le niveau d’émission du produit en polluants volatils. Ce niveau d’émission est indiqué par une classe allant de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions).

Les produits concernés par l’étiquetage :

  • Les produits de construction ou de revêtements de murs, sols ou plafonds employés à l’intérieur des locaux (cloisons, panneaux, parquets, moquettes, papiers peints, peintures…) ;
  • Les produits utilisés pour leur incorporation ou leur application (isolants sous-couches, vernis, colles, adhésifs, etc.).

« * Information sur le niveau d’émission de substances volatiles dans l’air intérieur, présentant un risque de toxicité par inhalation, sur une échelle de classe allant de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions) »

Quelques limites

Quelques voix commencent tout de même à s’élever sur le manque actuel de prise en compte globale de la qualité de l’air dans le bâti. En effet, lors d’un colloque «Défis Bâtiment et Santé » (le 28 mai 2013), les intervenants ont dénoncé les limites de l’étiquetage et ont montré par exemple qu’un assemblage de matériaux étiquetés A+ ne donne pas nécessairement lieu à un environnement intérieur de qualité A+. Si le fait de choisir des produits étiquetés A+ conduit à améliorer la qualité de l’air du bâtiment, cela ne suffit pas. Plusieurs points de vigilance sont à prendre en compte comme :

  • L’humidité et les UV qui modifient les émissions des matériaux ;
  • La somme des émissions de chacun des matériaux polluants d’une pièce (diffère des étiquettes) ;
  • L’interaction entre la qualité de l’air intérieur et l’environnement extérieur ;
  • L’émission de polluants par le mobilier et l’activité domestique (il n’existe pas d’étiquette pour l’ameublement) ;
  • L’exploitation et la conception du bâtiment notamment sur le point majeur de la ventilation et du renouvellement d’air et de la maintenance générale des locaux.

Le manque de coordination entre les différents pays est également un problème soulevé. Aujourd’hui, les questions d’isolation, de qualité de l’air intérieur, de confort et d’éclairage naturel commencent seulement à être prises en compte. Mais cela reste encore très disparate d’un état membre à l’autre. Notamment, le Think Tank Européen Building Performance Institute Europe (BPIE) identifie ainsi des écarts importants dans les réglementations européennes en matière de standards constructifs. Selon eux, les différents codes de la construction ne font pas assez de lien entre qualité de l’air intérieur et confort thermique alors que les besoins accrus en isolation et en étanchéité à l’air peuvent avoir des conséquences négatives sur la qualité de l’air intérieur et la santé des occupants.

Quelles perspectives ?

Les polluants de l’air intérieur dépendent non seulement de la nature ou origine des éléments d’ameublement, de décoration et de construction mais aussi et surtout de la température de l’air intérieur, du taux d’humidité, de la vitesse et des débits de renouvellement d’air.

Les actions relatives aux matériaux (produits de construction, de finition et d’ameublement) sont liées à leur capacité à répondre aux critères techniques (performances techniques et fonctionnelles, qualité architecturales, durabilité, sécurité, facilité d’entretien, résistance au feu, à la chaleur, etc.), mais aussi à des critères environnementaux ou socio-environnementaux, tout au long de leur cycle de vie (c’est-à-dire de la production à leur élimination ou recyclage).

A ce titre les informations qui semblent indispensables sont : leur capacité d’émissions de composés organiques volatils et aldéhydes, émissions de fibres et de particules en suspension, comportement face aux micro-organismes, comportement face aux phénomènes d’humidité, et éventuellement émissions radioactives et émissions de substances dangereuses.

Les actions relatives au bâtiment sont quant à elles bien plus complexes. On sait qu’un lieu de vie ou de travail confiné est propice à l’accumulation d’éléments polluants dans l’air intérieur, mais il est aussi utile de rappeler que dans les milieux urbains, la piètre qualité de l’air extérieur (et en particulier le problème des particules – voir article Pourquoi nos villes étouffent ?) ne permet pas d’envisager l’aération ou la ventilation comme la seule ou unique solution.

La solution idéale consisterait à pouvoir prendre en compte au moins quatre domaines :

  • amélioration de la ventilation et dans certains cas de la filtration de l’air extérieur (système double-flux)
  • utilisation de matériaux de construction et de décoration à faible taux d’émission de COV, par exemple étiquette A+
  • application de films « barrière » sur les matériaux (revêtements de surface appropriés)
  • purification de l’air pollué (adsorbants, systèmes de destruction des COV etc.)

Prendre en compte le confort intérieur dans les futures règlementations

La prise en compte de la qualité de l’air intérieur, du confort thermique et de l’éclairage naturel doit être renforcée à l’avenir. Les avantages d’un environnement intérieur sain, combinés au confort thermique, devraient être pris en lors de la rédaction des futures règlementations thermique et environnementale tant en neuf qu’en rénovation. En effet l’objectif ambitieux de la rénovation thermique et de l’amélioration de la performance énergétique du parc existant ne doit pas se faire au détriment de la qualité de l’air intérieur des bâtiments rénovés.

 


Informations supplémentaires sur les matériaux et produits

  • Label réglementaire d’état « bâtiment biosourcé »

Le label réglementaire Bâtiment Biosourcé prévu à l’article R. 111-22-3 du code de la construction et de l’habitation s’adresse à tout maître d’ouvrage de bâtiments non résidentiel, (bureaux, commerces, établissements scolaires, de santé, culturels, pénitencier, gares, centres logistique, espaces hôtelier ou de restauration, imprimeries, laboratoires, etc.) public ou privé neufs (ou partie neuve).

Le label « bâtiment biosourcé » est attribué à tout bâtiment neuf intégrant un taux minimal de matériaux biosourcés dans sa construction : produits de construction et de décoration, mobilier fixe, dotés de caractéristiques minimales. Il est uniquement délivré à un bâtiment ayant fait l’objet d’une certification portant sur sa qualité globale et en particulier sur sa performance énergétique et l’aptitude à l’usage des produits qui le composent. Pour être pris en compte dans le calcul de la masse de matière biosourcée incorporée dans un bâtiment, tout produit de construction ou tout mobilier biosourcé mis en œuvre à la date d’achèvement du bâtiment, doit justifier :

  • d’une Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire (FDES) conforme à la norme NF EN 15-804 ;
  • d’un classement sanitaire A ou A+ au sens de l’arrêté du 19 avril 2011 relatif à l’étiquetage des produits de construction ou de revêtement de mur ou de sol et des peintures et vernis sur leurs émissions de polluants volatils, s’il s’agit d’un produit entrant dans le champ d’application du décret du 23 mars 2011 ;
  • dans le cas où le produit est composé de bois et/ou de ses dérivés, ceux-ci doivent pouvoir attester qu’ils sont issus de forêts gérées durablement.

 

  • Les FDES

La Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire, ou FDES, est un outil regroupant des informations sur les performances environnementales et sanitaires des produits de construction. Elle est établie sous la responsabilité des fabricants selon le cadre méthodologique de la norme NF EN 15-804. Les FDES représentent une démarche volontaire des fabricants.

 

  • Label EMICODE

C’est un label qui évalue les émissions en COV dans l’air intérieur pour les primaires, les ragréages, les colles, les sous-couches, les joints d’étanchéité, les vernis de parquet et autres produits similaires, tous sans solvants ou à faibles teneurs en COV. Il garantit également l’absence d’émissions de substances cancérogènes. Ce label est administré par GEV, l’Association allemande pour le Contrôle des Emissions des Produits de Pose, colles et produits de construction.

Il comporte 3 classes :

  • EMICODE® EC 1PLUS – très faibles émissions PLUS
  • EMICODE® EC 1 – très faibles émissions
  • EMICODE® EC 2 – faibles émissions

 

  • Label NATUREPLUS

Ce label concerne les matériaux de décoration respectueux de l’environnement et considérés comme inoffensifs pour la santé (peinture, revêtement, isolation). L’obtention de ca label est basée sur une analyse du cycle de vie du produit.

 


 

 

 

Sources :